Jacques Rouvier - Le journal du Conservatoire de Paris

Mon premier contact avec Vlado Perlemuter remonte à 1965, au Canada, dans un stage d’été long de six semaines, où le Maître enseignait peu, mais jouait beaucoup pour notre plus grand bonheur. Les Histoires Naturelles, avec Camille Maurane, resteront à jamais une de mes plus grandes émotions, comme le Tombeau de Couperin ou la Pavane. Ravel et Perlemuter avaient en commun le sens de la féerie, et quels que soient ceux, nombreux, qui ont revendiqué l’étiquette d’élèves de Ravel, lui seul, Perlemuter, en avait compris la magie sonore. Il est à ce jour le seul pianiste qui, avec l’usage de l’Una Corda, ait pu obtenir un son aussi beau et aussi expressif, parfois même dans les forte ! Le souvenir des cours d’interprétation à la salle Cortot résonne encore à mes oreilles, avec l’infinité d’anecdotes, bien sûr, mais aussi et surtout par la noblesse et la modestie qui émanaient de ce vrai musicien.

J’eus ensuite l’infini privilège de travailler avec lui dans le cadre du 3ème Cycle ; il était un professeur passionné, investi, ne tarissant pas sur les doigtés avec « pouces obligés », qui donnaient un relief saisissant à ses lignes mélodiques. Lorsque, parfois, je n’avais pas fourni un travail très approfondi, je lui demandais de m’aider à choisir un Prélude et Fugue ou une Mazurka de Chopin ; j’ai pu ainsi l’entendre dans presque toutes ces œuvres. Quelles leçons !! De poésie, de phrasé, de souplesse.

Le disque, par bonheur, aidera notre mémoire à le garder vivant.

 

Le Journal du Conservatoire de Paris, novembre 2002. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

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