Jean Roy - Vlado Perlemuter Les Leçons du Maître

Vlado Perlemuter a appris Ravel avec Ravel et Fauré avec Fauré. Témoin de l'âge d'or du piano, il a entendu Busoni, Vines et Cortot. Révéré par ses pairs, plus soucieux de servir la musique que de réussir sa carrière, il est, à 86 ans, une légende vivante.

Dans la nouvelle collection « De la musique », que dirige Brigitte Massin, les éditions Alinéa publient ce mois-ci une réédition du Ravel d'après Ravel de Vlado Perlemuter et Hélène Jourdan-Morhange, accompagnée d'un texte de Jean Roy : Rencontres avec Vlado Perlemuter.

Un des chapitres de ces Rencontres nous fait assister à un cours d'interprétation, donné à l'Ecole Normale de musique en juillet 1988 à des élèves japonais.

 

Je me souviens avoir assisté, dans cette même salle, à des cours d'interprétation d'Alfred Cortot sur César Franck et sur Gabriel Fauré. Dans ces cours, Cortot était moins proche que Perlemuter de ses élèves. Il s'occupait moins de la technique que de l'esprit.

Lorsqu'il se mettait au piano – moments que l'auditoire attendait avec impatience – le piano était soudain métamorphosé. A des années de distance, je me souviens encore des exemples qu'il avait donnés pour faire comprendre dans quel esprit, avec quelle couleur, il convenait d'aborder l' « Aria » de Prélude, Aria et Finale de César Franck. Mais il m'était apparu un peu lointain, un peu détaché. Chez Vlado Perlemuter, ce qui me frappe c'est la qualité de l'attention qu'il porte, sans distinction, à tous ses élèves, qu'ils soient plus ou moins doués. Il peut, en certaines circonstances, se montrer sévère. Lorsqu'il ne ménage pas ses critiques, c'est qu'au fond de lui-même il est irrité. Il a pris vraiment les choses à cœur. Il s'y est donné complètement et s'il constate que la préparation de l'élève est insuffisante il pense, et le dit clairement, que la règle du jeu a été faussée et qu'il en est scandalisé. Se trouvant en présence d'une élève qui invoque pour excuse à ses défaillances son mauvais état de santé (ce qui était vrai), il poursuit quand même la leçon, mais à la fin il conclut par une observation d'ordre général où l'on pourra voir (car lui-même a eu de sérieux problèmes de santé, sinon une confession, du moins une profession de foi : «  La carrière de pianiste est une carrière affreuse et sublime. Même lorsqu'on est malade, il faut essayer de jouer ».

 

27 juillet :

Le cours d'interprétation s'ouvre sur la première pièce des Miroirs de Maurice Ravel : Noctuelles.

Vlado Perlemuter fait à l'élève les observations suivantes : « C'est exact, on entend tout, mais je joue Noctuelles un peu plus lentement, un peu plus appuyé, un peu plus expressif et, dans l'ensemble, je chante un peu plus que vous. Ne pressez pas. Pas trop lent, et pourtant... chez vous c'est un peu trop serré ».

La leçon se poursuit avec une Barque sur l'océan (n°3 de Miroirs) joué par la même élève : « Vous avez un jeu très souple et très clair. Pour l'amour du ciel, gardez cette souplesse ! Souplesse et clarté, ce sont les qualités de base. Par moments, votre jeu pourrait être un peu plus « symphonique » . Ravel avait une vision orchestrale de cette pièce. Marquez bien, au début, les notes de la basse et liez les harmonies avec la pédale. Il faut qu'on les entende toutes. Il faut que cela soit plus « orchestral ». Je vous ferai une dernière remarque : vers la fin, ne trainez pas ».

Un deuxième élève présente l'Alborada del Gracioso (n°4 de Miroirs).

Vlado Perlemuter intervient plus longuement : « Toute la partie centrale de l'Alborada, c'est comme une voix qui détonne. (Il imite alors le son d'une voix qui change de registre). Il faut penser au flamenco... L'aubade du bouffon est un peu ridicule, mais presque tragique. C'est quelqu'un qui pleure – ou qui feint de pleurer – et le ton à trouver serait « gémissant » plutôt que pleurant ».

L'élève joue le début de l'Alborada et Vlado Perlemuter l'arrête : « Vous donnez l'impression de quelqu'un d'assis dans un bon fauteuil, au coin du feu, et qui tricote... Ce n'est pas assez vivant, et c'est trop lent ! L'Alborada de Ravel est très mordante. C'est à jouer presque avec des griffes. Vos accents sont trop lourds ». Vlado Perlemuter joue alors une gamme dans la sonorité mordante qu'il vient de conseiller. Il ajoute : « Votre Alborada est une Alborada « bon enfant ». Jouez sec, et que les arpèges soient très serrés ! Cette page est très différente des autres Miroirs, où domine la recherche de la sonorité. C'est le rythme qui est à la basse ici. (Au piano, Vlado Perlemuter imite la guitare et le geste accompagne le commentaire). La basse fff  à l'orchestre, c'est la grosse caisse qui s'en charge. Au piano, on peut obtenir ce fff avec les trois doigts : avec le seul petit doigt, c'est trop faible.

Pour le rythme, soyez en acier. Ne pressez pas et ne ralentissez pas ». L'élève rejoue l'Alborada del Gracioso. Son jeu s'est littéralement transformé : la leçon a été comprise.

Une élève joue la Sonatine de Maurice Ravel : « Une des difficultés du premier mouvement est de bien conserver l'équilibre entre ce qui doit être retenu et ce qui doit être joué au tempo. Il faut être souple et exact.  Ce premier mouvement est écrit à quatre voix et une autre difficulté est de conserver l'équilibre entre les parties. La Sonatine est construite, d'un bout à l'autre, sur l'intervalle de quarte, qui a quelque chose d'un peu plaintif. Il est important de savoir cela pour donner de la cohésion à ce que l'on joue. Il importe aussi de jouer les phrases sans interruption, mais avec beaucoup de souplesse. Ravel était très exigeant sur ce point.

«Le menuet est un peu mélancolique : c'est l'intervalle de quarte renversé qui donne à nouveau ce caractère un peu plaintif. Quand j'ai joué ce menuet à Ravel, il m'a arrêté dès les premières mesures et m'a dit : « C'est trop vite... si vous jouez ce mouvement dans un tempo trop vif, cela devient une valse et si vous le jouez trop lentement, cela devient une sarabande. Ce que j'ai écrit, Monsieur (c'est ainsi qu'il s'adressait à moi), c'est un menuet. A la fin du menuet, avec un vibrato de la pédale le son devient plus pur ».

Le troisième mouvement n'appelle pas d'observations particulières, sinon sur les crescendo et diminuendo. Vlado Perlemuter rappelle une règle générale que Hans von Bülow enseignait déjà : il faut savoir faire un crescendo sans se presser et un diminuendo sans ralentir.

« Je ne dis pas que cela doit être métronomique, mais il ne faut pas donner l'impression qu'on ralentit quand on fait un diminuendo, sauf, bien entendu, si cela est indiqué sur la partition. On trouve, par exemple, chez Chopin, l'indication : « diminuer et céder ». »

 

28 juillet

Avant de commencer le cours, Vlado Perlemuter nous montre la copie du manuscrit des Jeux d'eau de Ravel, dont l'étude clôturait la classe des jours précédents.

Il avait parlé de la quinte que fait entendre la main gauche à l'avant-dernière mesure. Doit-elle être répétée à la dernière mesure ? L'édition imprimée, qui est différente du manuscrit, comporte une liaison, ce qui indiquerait le contraire. Dans son enregistrement des Jeux d'eau, il répète cette quinte la première fois sourdement et, la seconde fois, à peine perceptible, comme un écho lointain. Il confirme qu'il l'a toujours répétée, mais qu'il serait bien incapable de dire pourquoi. Et puis, ajoute-t-il, ce n'est là qu'un détail. Un détail qui semble pourtant le préoccuper puisque aujourd'hui il revient sur cette question.

Le Tombeau de Couperin est la première œuvre inscrite au programme : « Pour le « Prélude », Ravel a voulu que le texte soit très sobre de nuances, comme la musique ancienne. Toutefois, vous pourriez jouer ce passage un peu plus pianissimo... Ici, vous mettez trop de pédale... Il faut une pédale extrêmement courte... Attention ! L'emploi de la pédale est très important... ! ».

Pour le début du « Prélude », Vlado Perlemuter indique quel était le doigté de Ravel, puis se met au piano et dit à l'élève : « Je mets moins de pédale que vous ». Rappelant que Ravel a orchestré Le Tombeau de Couperin, il ajoute : « Un pianiste aura intérêt à savoir de quel instrument le compositeur s'est servi pour tel ou tel passage. Ici, il s'est servi du hautbois. Essayez donc de trouver une sonorité qui imite celle du hautbois. Essayez, et vous verrez que cela fait faire beaucoup de progrès !

Mais il y a un autre problème. Il faut jouer ce « Prélude » comme au clavecin, c'est-à-dire que sur les mordants il faut pincer la note. Ceci pour la main droite, tandis que la main gauche doit jouer avec les doigts dans les touches. Une main gauche enfoncée et une main droite plus pincée. Et que les mordants soient plus vifs, plus rapides ! ». Vlado Perlemuter pose ses mains sur le clavier et fait entendre les deux sonorités, bien distinctes. Cette indépendance des mains, sur le plan de la sonorité, est un des aspects de son art pianistique.

L'élève joue la « Forlane ». Vlado Perlemuter lui dit : « A la fin, ne ralentissez pas. Vous rythmez bien, et c'est difficile. Peu de pianistes le font. Ce rythme traverse toute la « Forlane ».  Toutefois, vous la jouez un peu trop lentement. N'oubliez pas qu'à part la « Fugue » et la « Toccata » toutes les pièces du Tombeau de Couperin sont de caractère dansant. Ici, le caractère est un peu monotone, et c'est voulu, mais si le tempo est trop lent, cela donne une impression de longueur. On ne peut pas se rendre compte tout de suite si le mouvement est bon et c'est pourquoi je vous ai laissé continuer ». L'élève reprend dans un tempo plus rapide. Vlado Perlemuter est satisfait mais demande que les mordants soient joués sur le temps. Pour mieux faire comprendre le rythme de la « Forlane », Vlado Perlemuter trouve cette formule : « C'est comme un danseur qui fait un petit salut », et il imite le geste du danseur... « Le problème que pose la « Forlane », conclut-t-il, « c'est qu'il faut y éviter la monotonie : il faut pour cela chercher des sonorités différentes pour le milieu de cette pièce un peu plus mordant. Mais « une fois que vous aurez trouvé le bon mouvement tout ira mieux ».

Le « Menuet » est joué dans le bon tempo. Vlado Perlemuter félicite l'élève mais lui recommande de bien observer les indications de Ravel. Ici, sans sourdine ; plus loin, avec la sourdine : « Si on ne suit pas ces indications, cela devient monotone ». Commentant le passage en accords, dans le milieu du « Menuet », il dit que c'est un des plus beaux passages du Tombeau de Couperin, « quelque chose comme une stèle funèbre qui dépasse la notion de menuet ». A un autre moment, je le vois sourire en se tournant vers l'auditoire, avant de s'adresser à l'élève : « Pour être professeur, il faut avoir des yeux et des oreilles. Vous avez joué ces deux notes avec le même doigt et, naturellement elles n'étaient pas liées ».

La « Toccata » amène de nouvelles observations sur l'usage de la pédale, qui est « le plus terrible ennemi du bon pianiste ». Il cite à ce propos un mot de Theodor Leschetizky, qui eut Artur Schnabel parmi ses élèves : « Il ne faut pas mettre la pédale avec ses pieds mais avec ses oreilles ». Ce que Vlado Perlemuter reproche à l'élève qui vient de jouer la « Toccata » dans un mouvement rapide, mais avec clarté, c'est d'avoir, à un endroit, mis beaucoup trop de pédale. Avant de lui faire cette remarque, il l’a félicité de n'avoir pas cédé à la tentation des « arrangements », de ne pas avoir joué « comme une machine », mais en musicienne, et d'avoir compris que la « Toccata » comporte deux éléments : la toccata et le thème lyrique, et qu'à la fin il y a une lutte entre ces deux éléments.

Il n'en reste pas moins que la « Toccata » doit être jouée vite : « J'ai demandé à Ravel s'il fallait observer absolument le mouvement indiqué. Il m'a répondu qu'il fallait jouer aussi vite que possible mais dans la limite où cela reste clair ».

L'étude du premier cahier des Images de Claude Debussy portera surtout sur l'Hommage à Rameau. Sur la partition de l'élève qui vient de jouer Reflets dans l'eau, Vlado Perlemuter ajoute au ppp un quatrième p : « Votre début est trop fort, trop lourd ! Je le joue plus flou, mais sans exagération ». « Ici, il faut que ce soit lumineux comme le soleil. Ce n'est pas assez coloré ». On ne s'attarde pas : Vlado Perlemuter est impatient d'entendre l'Hommage à Rameau, qu'il considère comme un chef d'œuvre de la musique de piano de Claude Debussy. « Attendez-vous à ce que mes critiques soient féroces. C'est une œuvre que j'aime tellement ! ». Dès les premières mesures, il interrompt l'élève : « Les premières notes sont bien, mais après vous pressez trop. Il faut que ce soit à la fois rigoureux et libre (…) C'est une sarabande. (…). Chantez ! Et faites bien le phrasé de la Sarabande (…) Il faut que les silences soient très exactement observés, comme toujours chez Debussy. (…) Marquez bien l'écho (…). Dans le crescendo, il ne s'agit pas de jouer fort mais de jouer sonore (…).Chantez un peu plus la partie supérieure. La piano, ici, est un orchestre ».

L'élève (un jeune homme) est moins doué que la jeune femme qui avait interprété la « Toccata » de Ravel, mais Vlado Perlemuter, tout à son sujet, lui accorde autant d'attention, multiplie ses conseils, modifie un doigté sur la partition, et lorsqu'il ne se met pas au piano pour donner des exemples, chante un fragment mélodique, enfin se donne sans compter à sa mission pédagogique.

Après Ravel et Debussy, Frédéric Chopin : Première Ballade en sol mineur op. 23. Vlado Perlemuter rappelle que lors d'un concours international il avait entendu cinquante élèves (sur les cinquante-cinq qui s'y présentaient) faire la même faute : la première phrase, au lieu d'être énoncée calmement, était bousculée. Il ne va pas jusqu'à conseiller de la jouer plus lentement que le reste mais il tient beaucoup à ce que de début de la ballade ne soit ni précipité, ni bousculé.

 

29 juillet

Une élève joue Prélude, Choral et Fugue de César Franck, et Vlado Perlemuter la félicite d'avoir bien construit son interprétation.

Il a travaillé cette œuvre avec Alfred Cortot, à qui Louis Diémer avait transmis la tradition de César Franck. Il formule une remarque de détail mais ajoute : « Je ne voudrais pas que cela change l'ensemble de ce que vous avez fait ». Il développe ainsi sa pensée : « Si l'on n'a pas une conception de l'ensemble cela risque de paraître trop long. Ce n'était pas le cas avec vous car j'ai été intéressé jusqu’à la fin. Mais peut-être jouez-vous la « Fugue » un peu trop vite. Toutefois, j'aime mieux que cela soit trop rapide que trop lent. Et puis cela est sans doute une question de génération... mais en tout cas il faut que dans une œuvre tout se tienne. A cet égard, je prends volontiers comme exemple la Sonate de Liszt ». Il revient sur le tempo de la « Fugue » : « Si on joue la « Fugue » trop vite cela devient agité. Il faut que le contresujet soit calme. Vous jouez la main droite trop fort. Il faudrait donner l'impression d'un autre clavier. Pensez à l'orgue... Je vous fais une autre critique : par endroits, ce n'est pas legato. Là encore, il faut penser à l'orgue ».

L'œuvre qui suit Prélude, Choral et Fugue de César Franck est la Ballade op. 19 de Gabriel Fauré, dans la version originale pour piano seul : « Le début doit être très égal... Dans le passage crescendo molto, il faut jouer avec plus d'élégance. C'est une des plus belles phrases de Fauré et il y a là un contraste avec le commencement de la Ballade, qui est tranquille ». Vlado Perlemuter se met au piano : le chant est simple, le phrasé large. Plus loin, il y a un passage plus rêveur, plus sensible. Mais Vlado Perlemuter tient à ce que la main gauche soit toujours très égale. Il ne trouve pas la main de l'élève assez souple et, surtout, voudrait que la position du cinquième doigt soit plus naturelle : « Jouez plus simplement. Cantabile, sensibile... Mais sans ralentir ». De nouveau, il pose ses mains sur le clavier et réfléchit sur les mystères de la mémoire : « Comment est-ce que je puis me souvenir de ces quelques mesures ? Elles me reviennent sous les doigts et pourtant il y a trente ans que je ne les ai pas jouées ». Il insiste sur la ponctuation : « Ici, vous terminez trop sèchement, alors que c'est simplement une virgule ». Dernière remarque à l'élève avant de la féliciter d'avoir fait revivre cette œuvre : « Il ne faut pas serrer trop la fin. Jouez toujours à l'aise ».

Une autre élève présente deux études de Chopin : les Opus 25 n°6 et Opus 10 n°10. Pour la première, qui est une étude sur les tierces, Vlado Perlemuter demande que dans ces tierces la note supérieure soit un peu plus timbrée que la note inférieure. Il rectifie la position de l'élève et lui conseille de ne pas avoir peur de régler la hauteur de son tabouret, et pour cela, sans se laisser intimider par le public, de prendre le temps nécessaire : « Mais une fois au piano, il faut être immobile. Je n'aime pas les pianistes qui font des grimaces ». Il insiste sur l'importance qu'a la main gauche dans la musique de Chopin et, pour le démontrer, joue la main gauche seule. Les accords se posent, légers, expressifs : « Là aussi, il faut timbrer un peu plus la note supérieure. Dans cette étude, la main gauche doit être chantante et légère ». Vlado Perlemuter recommande à l'élève de travailler la main gauche séparément et de faire en sorte qu'elle apparaisse à elle seule comme un morceau de musique.

L'Etude op. 10 n°10 en la bémol majeur (vivace assai) appelle les remarques suivantes : « faites bien attention aux détails de l'écriture. Il y a là une grande diversité. Chopin se sert du même motif avec des accents différents. On trouve dans les études de Chopin, où il y a mille façons d'attaquer le piano, des passages expressifs qui demandent une  technique particulière...

Dans certaines des études de Chopin, le motif reste le même, mais il en est d'autres où il varie au cours du morceau. Dans l'Etude op. 10 n°10, le motif reste le même mais les attaques sont différentes ».

 

La Ballade en fa mineur op. 52 amène des réflexions sur les octaves que Chopin employait fréquemment (probablement, pense Vlado Perlemuter, parce qu'il les faisait d'une façon exceptionnelle). D'abord, il faut, ici essayer de les jouer le plus possible legato. Et puis il faut savoir qu'elles font partie d'un jeu polyphonique. Chopin a toujours été tenté par les doubles notes et les octaves. L'Etude op. 25 n°6 en est un exemple, mais à la différence de ce qu'il recommandait pour les tierces, Vlado Perlemuter indique que pour les octaves il faut faire sonner la basse un peu plus fort. Il demande que le début de la ballade soit joué avec la sourdine et commente ainsi le deuxième motif (qu'il ne veut pas trop lent) : « C'est comme un chant qui est triste et qui n'a pas de fin, c'est comme une mélopée de caractère un peu oriental ». Il joue la main gauche seule et, de même que pour l'Etude op. 25 n°6, c'est un véritable morceau de musique qu'il nous fait entendre : « Je sais ma main gauche par cœur. Il faut la travailler séparément et la savoir par cœur ».

 

Texte établi par Jean Roy.

Ce texte est extrait de Rencontres avec Vlado Perlemuter, de Jean Roy, qui accompagne la réédition de Ravel d'après Ravel, de Vlado Perlemuter et Hélène Jourdan-Morhange. Alinéa « De la musique », 1989.

 

Le Monde de la Musique n°123, Juin 1989.

 

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