Biographie de Vlado Perlemuter

    L’association de Vlado Perlemuter à la musique pour piano de Ravel contribua amplement à sa notoriété mondiale – et pourtant elle obscurcit la portée d’un art qui entra aussi en étroite résonance avec les univers musicaux de Chopin, Fauré, Debussy, mais encore de Schumann, Beethoven, Liszt et Mozart, comme en témoigne cet enregistrement. La sobriété et la pudeur du jeu de Perlemuter furent souvent pris pour de la froideur par un public qui se montra plus sensible aux flamboiements d’un Alfred Cortot ou d’un Samson François qu’à la poésie d’un art fait de tension dans l’effacement de soi devant l’ineffable de l’œuvre. Pourtant, ses pairs ne s’y trompèrent pas, d’Arthur Rubinstein à Yehudi Menuhin, de Dinu Lipatti à Henri Barda, de Pierre Boulez à Claudio Arrau.
    Chez Perlemuter, sens aigu du phrasé et de la polyphonie, sonorité magnifiquement timbrée (soutenue par une utilisation magistrale de la pédale), legato admirable se conjuguent à la faveur de conceptions singulières où les plans technique et expressif se confondent et où l’interprète, présence raréfiée, devient imperceptible. Doté d’une sensibilité inquiète, l’interprète aux aguets se dissout dans l’œuvre sans jamais y prendre racine. Discrétion, sobriété, équilibre, souplesse, effacement, simplicité, vigueur : autant de qualités qui font la singularité de Perlemuter. De parents juifs polonais ayant fui les pogroms, Vlado Perlemuter naquit le 26 mai 1904 en Lituanie où il vécut jusqu’à l’âge de trois ans avant que sa famille ne s’installe définitivement à Paris. Ayant perdu l’usage de son œil droit en recevant un éclat de verre alors qu’il jouait avec un de ses frères, il fut mis au piano vers l’âge de huit ans sur les conseils d’un ami de son père. Ses dispositions remarquables pour l’instrument lui permirent d’étudier avec Moritz Moszkowski (1854-1925) qui forgea les fondements de sa technique et attisa sa passion des doigtés ainsi que son goût du jeu clair et simple : il inculqua à son disciple l’indépendance des doigts aux deux mains, la souplesse du poignet, la liberté du bras, la conquête d’un véritable legato et d’une transmission directe. […] 

« Je me souviens très vivement de la manière dont il aimait s'asseoir sur le côté gauche de l'élève, scrutant ses mains et annotant en permanence la partition », indique Perlemuter. « Moszkowski notait en particulier des indications relatives aux doigtés, en essayant plusieurs possibilités avant d'inscrire sur la partition un nouveau doigté. Il semblait extrêmement préoccupé par ces problèmes et il fit souvent des suggestions assez surprenantes, bien qu'elles me parurent, après les avoir essayées, assez naturelles et même logiques. A cette époque, c'était déjà un vieux monsieur. Il avait eu quelques déceptions pendant la première guerre mondiale, du fait de sa citoyenneté allemande, et n'avait pas été très bien traité par les autorités. Mais grâce à ses fidèles amies - certaines des femmes des salons dans lesquels il avait joué - il fut libre. Malgré tout cela il était désormais très occupé, enseignant et jouant, bien qu'il ne jouait alors plus aussi bien que dans ses jeunes années. Il préparait aussi de nouvelles éditions des Sonates de Beethoven et de pièces de Chopin. Je crois qu'il avait en réalité un véritable génie pour le choix des doigtés » 1.

 Perlemuter entra au Conservatoire en 1915. L’entrée dans la classe supérieure d’Alfred Cortot, deux ans plus tard, se révéla absolument décisive, tant ce dernier foudroya le jeune adolescent par son aura exceptionnelle et l’incroyable imagination musicale qu’il déployait au piano : « Je lui dois tout », disait Perlemuter. «L’enseignement de Cortot avait quelque chose de lumineux. Tous ses soins allaient à l’interprétation. Il n’enseignait pas une technique. Ses classes prenaient souvent l’allure de véritables concerts. Il ne décortiquait pas Schumann, Chopin et Liszt. Il les jouait et nous en imprégnait »  2   L’enseignement de Pierre de Bréville initia Perlemuter aux joies de la musique de chambre. L’audition de récitals de Rachmaninov («C’était un orchestre, pas un piano ») et de Busoni marqua profondément lejeune musicien et aiguisa son sens polyphonique. Fort d’un premier prix obtenu le 4 juillet 1919 avec la Polonaise- Fantaisie de Chopin, le Thème et Variations de Fauré, Perlemuter remporta coup sur coup le Prix d’Honneur en 1920 avec Variations, Interlude et Finale sur un thème de Rameau de Paul Dukas, dont la présence au jury lui valut d’être préféré à Jeanne-Marie Darré, puis le 13 mai 1921 le prestigieux prix Diémer, ancêtre des concours internationaux, disputé tous les trois ans entre les premiers prix masculins des dix années précédentes. Pierre de Lapommeray nota dans Le Ménestrel à cette occasion : « Perlemuter possède déjà une très grande autorité. Son jeu franc, sincère, sans truquage, donne une grande impression d’aisance ; il n’évite point les difficultés, les attaque en face et les surmonte brillamment. Son interprétation de Beethoven et de Chopin fut particulièrement intéressante : très simple, respectueuse des grandes lignes, sans recherche d’effet facile. Le jugement du jury a été approuvé par tout le monde »  3   S’étant attiré l’attention affectueuse de Gabriel Fauré alors que celui-ci était directeur du Conservatoire, Perlemuter passa les étés 1922 et 1923 à son côté chez la famille Maillot, à Annecy-le-Vieux, à jouer nombre de ses compositions. «Il voulait surtout qu’on joue ses œuvres avec beaucoup de sobriété et que le rythme en soit toujours extrêmement observé avec beaucoup de rigueur. Il n’aimait pas les maniérismes ». 4
    Perlemuter se vit confier la création privée du Treizième Nocturne et du Trio, et joua en présence de leur auteur de nombreuses pièces pour piano, la Première Sonate pour violon et piano, la Berceuse, l’Elégie, plusieurs mélodies, la Ballade et la Fantaisie pour piano et orchestre. Il se produisit à cette époque dans les cinémas et se forma à l’école de l’accompagnement, avec Claire Croiza, Madeleine Grey, Yves Tinayre, Ginette Guillamat et Marya Freund dont il fut un temps le répétiteur.     Vers 1924, Perlemuter se prit de passion pour l’œuvre de Ravel qu’il travailla intégralement en présence du compositeur trois ans plus tard : « Ma demande n’avait rien en soi d’original, pour lui qui était habitué à se faire approcher comme cela par tant d’artistes. Il me répondit de façon assez banale, mais accepta, probablement sans aucun enthousiasme, de me recevoir… Il accepta comme il l’aurait fait pour n’importe quel jeune pianiste manifestant un intérêt ou un enthousiasme équivalent. Je me rendis donc à Montfort-l’Amaury où Ravel s’était retiré et, quand je fus devant lui, il me posa avec froideur cette question : « Quelle est donc celle de mes œuvres que vous avez travaillée ? » Quand je lui répondis que je les avais toutes travaillées, il resta un peu suffoqué […] Cela, je crois, le toucha beaucoup. Ravel, à ce moment-là, était à l’apogée de sa carrière, mais quand même, de savoir qu’un interprète jouait de ses œuvres, et surtout qu’il les jouait toutes, lui fit, je pense, un grand plaisir… »
    L’historien, ethnomusicologue et critique André Schaeffner se montra particulièrement sensible à son exécution pleine de nuances du Tombeau de Couperin donnée en la salle Gaveau le 15 octobre 1926 : «Exprimons ici notre reconnaissance et isolons en particulier le nom de Vlado Perlemuter qui donna du Tombeau une exécution de la plus fine musicalité, en une perpétuelle demi-teinte d’où seuls quelques éclats venaient surgir : rien de bruyamment orchestral, simplement du piano aux vaporeux détails » 5
    Perlemuter fut l’un des tout premiers à donner l’intégrale de l’œuvre pour piano de Ravel en deux récitals (1929). « Maurice Ravel était là l’autre soir, pour féliciter précisément M. Vlado Perlemuter d’une technique éblouissante, qui n’escamote aucun des traits, mais sait mettre en valeur, comme un rose sur des gris, une note gravement profonde ou une note fragilement haut perchée », écrivait Léandre Vaillat dans Le Ménestrel. 6 Il revint également à Perlemuter l’honneur de travailler avec le compositeur son Trio, de l’accompagner dans Ma Mère l’Oye, pour piano à quatre mains, et de participer à l’une des premières auditions publiques des Chansons Madécasses. «Je me souviens de l’émotion qui s’empara de moi lorsqu’un jour, à cette époque, Ravel grimpa les cinq étages de l’immeuble modeste que j’habitais – j’habitais une misérable petite chambre – et qu’il apparut derrière ma porte : ceci pour me demander de jouer Ma Mère l’Oye à quatre mains avec lui, et de tenir le piano dans les Chansons Madécasses dont c’était alors la deuxième ou troisième audition publique. Il me dit : « Il y a un concert de mes œuvres ces jours prochains. Perlemuter, voudriez-vous jouer avec moi Ma Mère L’Oye ?»… Ce fut pour moi un très grand honneur de jouer avec Ravel, en public, son œuvre pour piano à quatre mains qu’il devait d’ailleurs orchestrer plus tard»  7 .
    Et, de fait, le compositeur « avait un très grand respect, une très grande estime pour Vlado Perlemuter et Robert Casadesus », comme nous le confirme le témoignage de Manuel Rosenthal. « Malgré son immense rigueur, je dois dire que Ravel ne s’est jamais montré trop Directif », poursuit Perlemuter. «Il signalait les fausses notes, mais laissait finalement une assez grande liberté à l’interprète. Ce que j’ai appris de lui, c’est une extrême minutie dans le détail, la précision de sa pédale, de son rythme. Il était très difficile pour la clarté, il voulait que tout sorte clairement. Il pensait que les pianistes mettaient trop de pédale et trouvait qu’on ne faisait pas assez chanter l’aigu du piano ».     La presse s’est fait l’écho du talent du Perlemuter de ce temps : « Voilà un maître parmi les jeunes pianistes, un de ceux en qui l’on peut placer les plus nobles et les plus hautes espérances. Sa personnalité, infiniment attachante autant qu’accusée, sa technique splendide sont de cette classe qui est le seul fait des virtuoses nés. Le plus radieux avenir s’ouvre devant ce pianiste en qui on verra vraisemblablement un jour l’une des gloires du clavier. Que l’on se souvienne des succès qu’il remporta l’année dernière lors de son récital et lors aussi, du magnifique concert qu’il donna, en la Salle de l’Ancien Conservatoire, avec le concours du prestigieux orchestre de la Société des concerts conduit par M. Philippe Gaubert : l’enthousiasme qu’il souleva alors, chez un public de fins connaisseurs, fut énorme et l’on en entendit plus d’un murmurant à voix basse de grands noms auxquels M. Vlado Perlemuter semblait devoir s’égaler, si nulle pierre imprévoyable ne vient se jeter sur sa route. C’est que si M. Vlado Perlemuter est un pianiste en possession des plus superbes moyens physiques, il est, de surcroît, un musicien parfaitement averti, de toutes les choses de la musique, habile en l’art du contrepoint et de la fugue. Et ceci, ajouté à un tempérament fougueux autant que raisonné, explique cela » (Le Courriel Musical) 8 .     Si une large part des concerts de Perlemuter était alors dédiée à Chopin, Ravel, Beethoven et Liszt, il ne contribua pas moins à la création contemporaine de l’entre-deux guerres, assurant notamment la première exécution de la Sonate pour violoncelle et piano de Simon Laks avec Maurice Maréchal ou de l’Allegro Appassionato de Pierre de Bréville avec Pierre Fournier. Il fut également le premier pianiste français à jouer le Troisième concerto de Prokofiev après sa création par le compositeur.
    Outre sa carrière de soliste, Perlemuter constitua dès 1925 un trio avec Pierre Fournier et Gabriel Bouillon et se produisit régulièrement en musique de chambre, aux côtés de Zino Francescatti, Roland Charmy, André Lévy, Maurice Maréchal et encore du quatuor Calvet.
    La rencontre musicale avec le violoncelle de Pierre Fournier fut une grande source d’inspiration pour le jeune musicien : « Il n’était pas encore la grande figure internationale qu’il allait devenir, mais il était déjà un artiste magnifique et il amena un élément de grande joie à ma jeunesse. Nous avons joué le répertoire entier pour violoncelle et piano, Brahms, Fauré et tout le reste… » 9 . Perlemuter accompagna en 1934 les danseurs Alexandre et Clothilde Sakharoff dans une tournée mondiale et se produisit dès cette période à plusieurs reprises en Angleterre où une amitié très profonde le lia à la famille Booth de Funtington, à qui il rendait visite chaque année. Perlemuter joua également avec les principales formations orchestrales, sous la direction de Pierre Monteux, Paul Paray, Eugène Bigot, André Cluytens, Charles Münch, Manuel Rosenthal, Ernest Ansermet, Joseph Keilberth, Jean Martinon, Hans Schmidt-Isserstedt, Désiré-Emile Inghelbrecht, Serge Baudo, avec à son répertoire l’intégralité des concertos de Beethoven, de Chopin, de Liszt et de Ravel (en plus du Deuxième de Rachmaninov, de la Rhapsody in Blue de Gershwin, et des œuvres concertantes d’Ibert, Poulenc, Honegger, etc.). La guerre fut une période extrêmement sombre pour le musicien qui, assujetti aux lois antisémites du régime de Vichy, resta caché à Paris jusqu’en mai 1942. Il s’échappa alors, sillonna la France libre avant de réussir à passer la frontière suisse en décembre 1942. L’éminent rôle politique joué par Alfred Cortot au ministère des Beaux-Arts de Vichy et son refus de venir en aide à son disciple (que corrobore le témoignage sans appel d’Antoine Goléa) détérioreront sensiblement les relations des deux hommes après la Libération. Après avoir miraculeusement survécu à près de cinq ans de broncho-tuberculose au sanatorium de Leysin, Perlemuter prit la voie de l’enseignement, d’abord au Conservatoire de Lausanne puis au Conservatoire de Paris où il tint une classe de 1951 à 1976, dispensant des cours très exigeants où régnait, malgré une rigidité et une intransigeance certaines, un souci constant d’expérimentation musicale : «Le plus important, c’est le respect de l’œuvre. Jouer ce qui est écrit, en mettant ce qu’il y a derrière les notes, ne pas craindre de se projeter, de mettre un peu de son, les musiciens ne sont pas des perroquets, n’en déplaise à tous ces pyrotechniciens sans âme ni vraie personnalité qui fleurissent aujourd’hui. Chaque interprétation doit être une signature. Sinon, mieux vaut le silence. Et puis il faut avoir la sensibilité à fleur de doigts. Ne pas rester à la surface du clavier, mais entrer dans le clavier. Faire naître l’œuvre, comme une vie nouvelle qui s’éveille… Trouver le temps juste, rien à voir avec la rigueur du métronome, mais la pulsation interne, la sensation que l’interprétation tient debout dans sa fluidité. Quand on a compris cela, le jeu de piano devient évident » 10, disait-il.     Sa carrière se redéploya alors sur un terrain international, mais c’est en Angleterre, en Suisse, au Canada et au Japon que son art trouva l’écho le plus retentissant. Il enseigna à Bloomington (1961), dans les académies les plus prestigieuses d’Angleterre et du Japon, au camp de Mount-Orford au Québec, en Australie et partout où le menaient ses concerts. Vladimir Jankélévitch écrivit dans Le Monde après son récital du 22 juillet 1958 (Foix) : « Le récital Vlado Perlemuter fut un éblouissement. Personne ne joue Scarbo avec cette souplesse, avec cette puissance, cette nervosité. La Sonatine jouée par Perlemuter est le plaisir le plus exquis que l'on puisse rêver. Le délicieux plaisir d'une occupation inutile ? On voudrait en tout cas qu'il n'eût pas de fin. Dans Gabriel Fauré la virtuosité de Perlemuter accomplit le miracle de la puissance contenue et de la discrétion. Une technique enveloppée, toute bergamasque, un certain dédain de l'attardement et de la complaisance (le tempo de Perlemuter est un peu rapide dans le premier Nocturne), une intime compréhension du mystère fauréen, ont fait du 13ème Nocturne le majestueux et rayonnant chef d'oeuvre des musiques de la nuit » 11.
    Malgré le prestige grandissant de l’enseignement de «Perlo » au Conservatoire, consacré par son invitation en tant que juré dans les concours internationaux les plus en vue (Chopin à Varsovie, Busoni à Bolzano, Clara Haskil à Vevey…), ses concerts parisiens se firent plus rares dans les années 1960-70, et ce n’est qu’en 1980, après sept ans d’absence dans la capitale, qu’il y rejoua, à la faveur d’un récital donné en l’Eglise des Blancs Manteaux qui remit quelques pendules à l’heure et lui valut un hommage dithyrambique dans Libération : «Qu’un grand, qu’un immense pianiste, de la stature des Cortot, Fischer, Schnabel, Backhaus, Nat ou Lipatti puisse être presque totalement inconnu du grand public, voilà bien un curieux paradoxe à une époque où les disques se pressent par milliers et où l’on peut choisir entre trois récitals de piano en moyenne par soirée à Paris […] Pas de ‘Grand Echiquier’ pour Perlemuter, pas de salle Pleyel bondée, pas d’affiches tapageuses. Et pourtant, tous ceux qui l’ont entendu une fois en gardent un souvenir prodigieux, à l’inverse même de ces nouveaux et remuants virtuoses qu’on nous exhibe sur les grandes scènes ou à la télévision et qui finissent par se ressembler tous. » 12    Parallèlement, son association avec le tout jeune label anglais Nimbus, créé en 1973, contribua activement au rayonnement de son art. Si Perlemuter avait été invité par George Mendelssohn à graver un récital Schumann suivi d’intégrales exquises de Ravel et Mozart pour Vox, si Perlemuter fut engagé dans les années soixante par la Guilde du disque, c’est véritablement avec Nimbus que le lien artistique fut le plus long et le plus fructueux. Pour Nimbus, Perlemuter enregistra, entre autres merveilles, des interprétations essentielles de la Troisième Sonate, des Ballades, de la Polonaise-Fantaisie et des Préludes de Chopin, de la Sonate de Liszt, des Etudes symphoniques de Schumann, sans parler des nombreuses pièces de Ravel et Fauré. L’enthousiasme qu’il suscita lui permit de jouer dans le cadre des concerts « Piano **** », à l’origine de la relance de sa seconde carrière française.     1984 marqua également ses débuts en Italie, pays où il se produira annuellement, au Théâtre Ghione de Rome et dans le cadre des Amici Della Musica de Padoue. Cette année-là, après le concert que Perlemuter donna à Londres pour ses 80 ans, Hans Keller dit à la BBC. «Ce récital Chopin fut un événement artistique d’une signification si profonde que rien de semblable ayant été entendu cette dernière ou ces deux dernières années ne peut soutenir la comparaison musicalement. C’était absolument renversant, et il n’y avait pas le moindre signe de son âge, sauf dans le sens de la maturité de ses interprétations : Perlemuter a atteint un stade où, sans aucune faiblesse technique, il joue maintenant de manière encore plus impressionnante que jamais auparavant [… ] Vous auriez dû entendre les réactions de tous les musiciens au récital : nous étions tous ébahis. Certains d’entre vous, peut-être même vous tous, le connaissez en tant qu’artiste : cela va sans dire qu’au stade présent il éclipse vos meilleurs souvenirs.»  13  C’est à Genève, où il avait entamé sa carrière internationale en 1920, que Vlado Perlemuter choisit de donner son dernier récital, entièrement dédié à Ravel. « La boucle est bouclée », disait-il, quoiqu’il continua d’enseigner jusqu’en 2001, avant de s’éteindre à Paris dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année.

1. "Vlado Perlemuter talks to Carola Grindea". EPTA Piano Journal n°7, février 1982.

2. "Visite à Perlemuter": propos recueillis par Elisabeth Fath (Le Monde de la Musique, janvier 1980, p. 53).

3. Le Ménestrel du 13 mai 1921.

4. Entretien avec Norbert Dufourcq du 2 juillet 1967.

5. Le Ménestrel du 22 octobre 1926.

6. Le Ménestrel, décembre 1929, Léandre Vaillat.

7. "Vlado Perlemuter nous parle de Ravel" Entretien avec Claude Gingras. La Presse, Montéal, 13 novembre 1965.

8. Courrier musical, p. 558, 1927.

9. Entretien avec Angela Hughes, extrait de "Pierre Fournier, A cellist in a landscape of figures", p. 22.

10. Télérama n°2089, 24 janvier 1990. Propos recueillis par Xavier Lacavalerie.

11. Vladimir Jankélévitch, Le Monde, juillet 1958.

12. Libération, Alain Jaubert, 17 juin 1980.

13. Lettre de Hans Keller à la BBC, 1984.

 

Olivier Mazal

 

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