Michaël Lévinas - Le Journal du Conservatoire de Paris

Entré à douze ans dans la classe de Vlado Perlemuter, je garde de lui le souvenir omniprésent de grandes interprétations données en cours (du Clavier bien tempéré de Bach aux Scherzos de Chopin) et d’une relation très forte, de l’ordre du transfert, avec ce maître. La recherche de la perfection tournait chez lui à l’obsession et aboutissait à l’exigence d’interprétations totalement abouties chez ses élèves. Maintenant seulement, je comprends la sagesse de son exigence d’une fixation de l’interprétation par le doigté, que je retrouve aujourd’hui chez le Ligeti des Etudes pour piano. Il savait creuser le son du piano et énoncer chaque note, avec une pudeur ravélienne, par une position de la main toute personnelle. Transi de peur devant l’acte de jouer, se sentant coupable d’impudeur à se produire sur une scène, lui qui se considérait comme un survivant, il transmettait à ses élèves son angoisse. Je ne puis jouer l’Appassionata de Beethoven sans me souvenir, à trente ans de distance, de la violence des accents qu’il faisait naître sans en transgresser la structure classique, ou de la façon dont il m’a chanté le thème du dernier mouvement de la Waldstein, lors de notre ultime rencontre dans le hall de l’ancien Conservatoire.

Le Journal du Conservatoire de Paris, novembre 2002. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 

Copyright

 

Contrat Creative Commons
www.vladoperlemuter.com d'Olivier Mazal est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 non transcrit.